|  |  |  | Frédéric Bourcier, premier secrétaire fédéral du PS

Frédéric Bourcier sera-t-il le prochain Maire de Rennes ? Même si le choix du candidat repose sur plusieurs facteurs, telle la volonté ou non d’Edmond Hervé de se représenter, mais aussi la désignation des militants de base, sa position de Premier Secrétaire Fédéral du Parti Socialiste d’Ille-et-Vilaine en fait un candidat potentiel légitime. La Mouche est allée à la rencontre de cet homme politique de nouvelle génération.
On va commencer par une question simple, Frédéric, qui es-tu ? “Bon ça va, je m'attendais à pire comme question ! Le mieux c'est peut-être de commencer par le commencement. Je suis né le 2 janvier 1966 à Argentan dans l'Orne.”
C'est joli ? “Je ne sais pas je n'y suis resté que 3 mois, je n'ai donc que de vagues souvenirs de la maternité. Mes parents sont ensuite partis à Granville. J'y suis resté jusqu'à mes 18 ans, puis je suis venu à Rennes.”
Tu es venu ici pour des raisons sentimentales ? “Non mais très rapidement je suis tombé amoureux de cette ville et d'une jeune femme d'ailleurs.”
Donc, tu es très heureux à Rennes ? “Je n'ai qu'un reproche à faire à cette ville, celui de ne pas être juste au bord de la mer.”
Quel a été ton cursus universitaire ? “J'ai fait une prépa Maths Sup, puis une licence de maths et d'informatique à Beaulieu. Ensuite j'ai travaillé dans différentes SSII, soit comme salarié, soit comme gérant.”
Ton engagement politique remonte à cette période ? “Non, c'est beaucoup plus tôt. dès que j'ai eu une conscience du monde. À 12 ans, j'ai adhéré à une association anti-apartheid. Ma première déception a été de me rendre compte que nous n'étions que 3 adhérents dans tout le département. En 1974, j'ai fait défiler mes camarades de classe derrière une pancarte de François Mitterrand.”
Sans être indiscret, ta famille était de gauche ? “De sensibilité de gauche. Lors des repas de famille, toutes les opinions politiques étaient représentées. Nous parlions beaucoup de politique. Depuis cette époque, j'ai une passion pour les débats d'idées. J'aime convaincre quelqu'un qui ne pense pas comme moi.”
À quel moment tu t'engages au Parti Socialiste ? "Quand j'arrive à l'université je milite d’abord à l'UNEF ID. En 1986 après les manifestations Devaquet et la mort de Malik Oussekine, je rejoins les jeunes Rocardiens. Dès le début de mon engagement politique je suis un militant très disponible. J'accepte toutes les responsabilités que l'on me confie.”
Pourquoi Rocard et non pas Mitterrand ? “À cette époque, je suis très intéressé intellectuellement par la deuxième gauche. Pour autant à l'UNEF ID nous travaillons beaucoup avec des Jospinistes et nous faisons basculer le syndicat de l'extrême gauche au socialisme.”
Ton premier mandat municipal date de 2001 et tout de suite on te confie un poste important. “J'en suis le premier surpris, mais une telle responsabilité ne se refuse pas.”
En quoi consiste ton travail ? “L'éducation est la pierre angulaire de la démocratie, un enfant se construit sur tous ses temps de vie. À Rennes il y a une grosse aide sur les projets éducatifs, mais aussi sur le temps extra-scolaire pour que les enfants ne se retrouvent pas livrés à eux mêmes dans la rue. Rennes pilote, pour la France, le réseau mondial des villes éducatrices. Nous avons ainsi créé une classe “passerelle” pour l'accueil des 2 ans, souvent issus de famille monoparentale qui sont les plus fragilisées. La première classe a été ouverte il y a un an à l'école Jacques Prévert au Champ Manceaux, la seconde ouvrira prochainement aux Gantelles à Maurepas.”
Changeons de sujet et parlons maintenant du Parti Socialiste, pourquoi as-tu brigué le poste de Premier Secrétaire Fédéral ? “Je pense qu'à un moment donné, il faut rajeunir les cadres. En 2001, nous étions 14 à avoir moins de 40 ans. Edmond Hervé nous a lancé pour que nous prenions le pouvoir. J'ai pensé qu'il fallait insufler une nouvelle dynamique.”
Tu commences avec Rocard, aujourd'hui tu es derrière Hollande, c'est de l'opportunisme ? “Non je ne le pense pas. Je ne regrette pas mon engagement avec Rocard. J'ai en revanche toujours été attiré par Lionel Jospin. En 1994, Emmanuelli a pris le Parti en faisant un virage à gauche et en proposant Delors comme candidat. J'ai pensé qu'on retournait à la SFIO. J'ai voté avec Vincent Peillon la petite motion minoritaire. Finalement Delors a dit non, et Jospin s'est imposé. Il y a eu une redistribution complète dans le Parti, j'ai décidé ce jour là de suivre Jospin. À Rennes, j'ai deux modèles, Edmond Hervé et Pierre-Yves Heurtin."
|  | Tu as fait campagne pour le Oui, tu es déçu du résultat ? “On le voit aujourd'hui il n'y avait pas de plan B, il n'y aura pas d'avancées démocratiques au niveau européen, surtout avec la montée de la droite.”
Et maintenant rentrons dans le vif du sujet, puisque que tu as été réélu Premier Secrétaire Fédéral, on peut dire que tu es le nouveau futur Edmond Hervé ? “Ah Ah Ah (rires), elle est bien bonne celle-là ! On a des procédures pour désigner le chef de file. Cela se fera tout début 2007. C'est un vote des militants, et ma responsabilité est que tout se passe bien.”
Bon en théorie, Maire c'est quand même un beau mandat ? “C'est évident que c'est un mandat magnifique. C'est aussi une responsabilité très exigeante.”
Entre Maire et Député, quelle est ta préférence ? “Je n'ai pas de préférence. Je suis d'abord un militant.”
Tu peux imaginer que la ville passe à droite ? “Cela serait dommage pour la ville mais je ne le pressens pas, même si je ne pense pas que la gauche soit là pour un siècle. Le pouvoir se mérite avec un projet politique. Au niveau local je pense que la gauche est plus apte que la droite. La gauche a vraiment une vision de la ville.”
Tu observes quand même la droite ? “Oui bien sûr, j'écoute surtout ce qu'ils disent, et cela a plutôt tendance à me rassurer. Mais je les respecte.”
À te voir on n'a pas l'impression que tu as la gnac comme Edmond Hervé ? “Je suis effectivement quelqu'un de très zen, mais à l'intérieur de moi je suis très volontaire, un vrai bulldozer. Les difficultés ne m'arrêtent pas. Je ne recherche pas pour autant le rapport de forces. Chacun a sa personnalité.”
On peut reprocher à Edmond Hervé de ne pas préparer sa succession ? “Qu'est-ce que tu en sais ? Choisir 14 jeunes de moins de 40 ans, c'est une logique de préparation.”
Une femme Maire est enviseageable ? “Cela ne me gênerait pas qu'une femme soit Maire ou même Présidente de la République.”
Les Rennais sont prêts ? “Rozenn Geoffroy a bien été élue dans un canton rural. Je ne pense pas que cela soit un handicap, cela pourrait même être un atout. Le Maire doit être le plus compétent ou la plus compétente d’entre nous, et le Parti serait prêt à suivre.”
Tu supportes bien la pression de la politique ? “On apprend beaucoup sur la nature humaine, moi je sais rester honnête. La politique est un outil au service d'un idéal.”
Tu bosses avec Edmond Hervé, est-ce qu’il est cool ? “Il a énormément d'humour, il raconte même des blagues, il est direct et il assume.”
Avec toutes les dérives du jeudi soir ou de la rave, les habitants du centre ville sont stressés. Peut-on être un bourgeois heureux à Rennes ? “Si on fait Dazibao ce n'est pas par hasard. Il ne faut pas systématiquement jeter la pierre sur les jeunes. Il y a 20 ans les étudiants pouvaient trouver facilement des salles pour s’amuser, aujourd’hui avec les contraintes administratives et le manque de personnel c’est beaucoup plus dur. Il faut peut-être diversifier l'offre de consommation de la place St Michel et diminuer la concentration des bars.”
On en revient toujours à la sempiternelle question des rapports entre la Ville et la Préfecture. “J'ai peur que cela soit une stratégie de la part de la Préfecture de laisser dériver le centre ville. Il n'est pas normal que des jeunes jouent du djembé ou de la guitare à 4 heures du matin sans que la police ne leur confisque leurs instruments de musique. La rave a été interdite, mais on a autorisé une manifestation dans le centre, et quand on les a évacué on les a repoussé dans le centre alors que l'on pouvait très bien les canaliser vers la rue de Paris. Avec la proximité du marché de Noël on a frisé la catastrophe. Je suis pour que l'État assume ses responsabilités dans un esprit républicain.”
Propos recueillis par Bertrand Dauleux. Janvier 2006 |
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