|  |  |  | Eric Berroche, élu communiste

Qu’on se le dise au fond des conférences de presse, à 46 ans, Eric Berroche n’est pas un pur produit du Soviet système. Certes il est communiste et le revendique haut et fort. Son souhait sur Rennes et maintenant à la Région est d’imposer les idées qu’il croit justes. Ne cherchez pas chez lui le révolutionnaire adepte du goulag, son combat est légitime et respectueux de la difference culturelle et politique, ce qui ne l’empêche pas non plus de dire ce qu’il a à dire.
On va la faire à la Karl Zéro, Monsieur Berroche, on se dit tu ? "Le tu est d’usage chez les communistes, donc cela ne me pose aucun problème."
Alors question toute simple pourquoi es-tu communiste ? "Très jeune, je me suis interrogé sur le monde, en particulier sur les raisons de la famine en Afrique. Ce qui m'a d'abord conduit à adhérer à l'association Terre des Hommes puis à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne. Mon père était ouvrier du livre et ma mère employée. A la maison, même si nous n'étions pas riches, il y avait toujours plusieurs journaux. Cela constitue un élément d'ouverture et de réflexion extraordinaire. Je suis finalement devenu communiste à treize ou quatorze ans, et aujourd'hui, je referai le même choix."
Donc tout de suite tu deviens militant ? "Oui mais sans intérêt particulier pour les responsabilités. Et pourtant, même si j’aimais m’instruire, après le BEPC, j’ai décidé d’arrêter l’école pour travailler."
Tradition familiale oblige, tu es ouvrier du livre ? "Même pas, pendant des années je vais faire plein de boulots différents. Je rentre à la SNCF, que je quitte pour être déménageur, électricien, charbonnier, soudeur, représentant… Quand j’avais fait le tour d’un métier, je cherchais un autre travail."
En mai 1968 tu as 9 ans, tu suis les évènements ? Tu ne regrettes pas d’avoir 10 ans de plus pour lancer des pavés sur les CRS de l’époque ? "Non ce ne sont pas des méthodes qui me sont propres. Je suis un homme de dialogue. Loin de moi l’idée de faire du mal à un CRS. Non le 13 mai 1968, j’ai le souvenir heureux d’une fantastique partie de billes avec un copain au bas de mon immeuble, avenue de Rochester à Maurepas."
A quel moment tu t’engages réellement dans l’action politique ? "Le 21 octobre 1982, je rentre comme ouvrier spécialisé chez Citröen, statut que j'ai toujours à la Barre-Thomas, l'usine qui a été vendue au groupe CF Gomma. J'ai tenu à conserver mon activité professionnelle et j'y travaille à un cinquième. Vendredi prochain, je me lèverai à 3h30 pour commencer à 5h15. Donc, en 1982, les libertés individuelles et syndicales y sont inexistantes. Ne faisant pas mystère de mes opinions, une perceuse est déposée dans ma voiture et la Direction organise une fouille. Cet acte scandaleux va décider d'une partie de ma vie et mon implication militante date de ce soir-là"
A partir de ce moment-là quelle est ta carrière politique ? "Je n’ai jamais voulu faire carrière. Rapidement mon ami, aujourd’hui disparu, Paul Lespagnol me confie des responsabilités dont celle de coordonner un journal interne à l’usine Citröen, "le Chevron Rouge". Pour moi c’est une aventure fantastique, on le diffuse à 12 000 exemplaires. En 1989, je suis élu en dernière position sur la liste de gauche à la ville de Rennes. On me confie une petite délégation, celle de classer les voies privées en voies publiques. C’est un peu mon apprentissage d’élu. Je me rends compte que pour être efficace il faut énormément travailler. Pour mon deuxième mandat j’obtiens la prévention routière puis les crèches. C'était un peu un contre emploi puisque la majorité du personnel est féminin et que cette délégation avait toujours été confiée à une femme. Cette responsabilité m'a beaucoup plu, cela d'autant que j'ai pu contribuer à quelques évolutions positives. Ainsi, pour les familles les moins argentées, les tarifs sont passÈs de 600 à 200 francs par mois. Et enfin, en 2001, Christian Benoist m'a sollicité pour la délégation des transports et la Présidence du groupe communiste."
|  | Pourquoi les communistes ont-ils toujours la délégation des transports ? "Il y a une sensibilité et une implication très anciennes des communistes dans ce domaine qui renvoie aux questions d'urbanisme, de respect de l'environnement… qui ne sont la propriété exclusive de personne."
Depuis 1977, les communistes cohabitent avec les socialistes, ça se passe toujours bien ? "On applique le programme ambitieux dont nous avons convenu avec les Rennais. On a la volonté de travailler en commun, avec nos différences."
On dit que Rennes est une ville du centre ? "Rennes est une ville de gauche depuis presque 30 ans, et les communistes feront tout pour qu’elle le reste. Si la droite passait en 2008 cela serait un échec pour les Rennais. Les centristes sont à droite, il faut qu’ils l’assument. Moi je suis fier d’être communiste. Le clivage gauche droite n’est pas un clivage honteux."
La succession d’Edmond Hervé te perturbe t-elle ? "Pas du tout. Quand je me rase le matin je pense à ce que je vais faire pour cette ville et pour ses habitants. Mon souci est de bosser au quotidien et c’est aussi le souci de l’ensemble de la majorité, mÍme si parité oblige, tout le monde ne se rase pas le matin. La succession d’Edmond Hervé est un souci pour l’opposition"
T’es un fan d’Edmond Hervé ? "Je considère que c'est un excellent maire. Il travaille beaucoup et il nous fait confiance. C'est surtout Le Brun qui essaye de faire croire que la succession d'Edmond Hervé est une question centrale. La question centrale c’est la transformation de cette ville au bénéfice de la vie des Rennais. Rappelle-toi ce qu’était Rennes en 1977. Si Loïck Le Brun met autant d’insistance à placer cette question dans le débat public c’est que par ailleurs il n’a pas grand-chose à dire. Je l’écoute attentivement depuis qu’il est élu ‡ la ville de Rennes, je n’ai pas le sentiment qu’il a un vrai projet alternatif crédible."
Tu es sévère ! "Lors de leurs interventions, les thèses de la droite apparaissent pour ce qu’elles sont, de mon point de vue défavorable à la population. Il n’y a aucune structuration d’un projet crédible. Le Brun amuse la galerie avec une question qui ne nous préoccupe pas pour le moment."
Un mandat de plus pour le maire ne sera pas un mandat de trop ? "Cette question ne se pose pas pour moi, parce que nous sommes en 2005. C’est de la politique politicienne."
La venue des Verts a t-elle perturbée les communistes ? "Non pas du tout. Nous sommes différents mais nous savons travailler ensemble."
Le fait que les socialistes rennais se déchirent sur les différents courants est-il préoccupant pour les communistes locaux ? "Il y a un débat au parti Socialiste. Cela paraît nécessaire."
La circulation des voitures en centre-ville est un sujet sensible pour les Verts. Font-ils pression sur l’adjoint aux déplacements ou sur le maire. Par exemple quand Bouygues a proposé de faire un troisième sous-sol quasiment à prix coûtant au parking du champ de mars, la ville a, malgré tout, refusé ? "J'invite La Mouche à lire tous les procès-verbaux des conseils municipaux traitant de cette question, les interventions des uns et des autres et les votes de chacun. Personne ne fait pression sur personne, les élus de la majorité se parlent et s'écoutent. C'est pourquoi, comme élu communiste, je me sens parfaitement bien dans cette majorité"
La place de la gare est maintenant terminée, pourquoi avoir tardé si longtemps pour parfaire les travaux ? "Par rapport à ce qu'était la Place antérieurement, nous avons embelli l'espace public en affirmant la priorité au transport collectif, aux piétons, aux vélos et aux taxis. Comme dans tout nouvel aménagement, il y a des ajustements. On l'a oublié mais la Place de Bretagne a soulevé, au début, des difficultés que nous avons réglées."
Octobre 2005. |
|  |  |  | |