Qu'est-ce qui a bien pu mener une jeune fille vouée au professorat de sciences naturelles à endosser le treillis ? "J'étais sportive, passionnée de voile. Je détestais la routine et je voulais un métier d'action compatible avec une vie de famille. Il y avait un peu d'atavisme puisque mon père était militaire." Apparemment, l'objectif est atteint : militaire haut gradée et maman de 3 filles, 2 étudiantes (médecine et psycho) et une lycéenne…
Tiens, aucune dans l'armée ? "Non, sourit-elle. C'est vrai que les enfants doivent bouger au gré des postes des parents. Une de mes filles a eu très peur de me voir partir au moment de la Guerre du Golfe." Pas difficile de voir maman revenir du boulot en uniforme ? "Non, mes enfants ont toujours été à l'aise avec mon métier."
Officier, épouse, mère de famille, tout est donc facilement compatible ? "Ce n'est pas si simple ! La vie militaire impose des contraintes qui sont plus difficiles. Nous avons fait notre place et de fait l'exigence a grandi. Aujourd’hui les femmes peuvent être appelées comme les hommes sur des missions opérationnelles de 6 mois en Afghanistan ou au Kosovo. Dans l'armée il n'est pas toujours évident de gérer la carrière du couple, souvent couples de militaires, pas toujours facile non plus lorsque la femme est plus gradée que son mari." (Ailleurs non plus soupirais-je en moi-même).
Les femmes ont donc bien réussi leur intégration dans l'armée ? "Cela s'est fait progressivement. Il faut trouver le comportement juste. Certaines ont pu être tentées de s’affirmer de manière trop incisive. J'ai essayé de rester moi-même."
Aujourd'hui, Annick Réto est chef d’établissement et directeur général de l'administration et des ressources de l'ESAT. C'est-à-dire qu'elle en dirige les finances, le personnel, la logistique, l'encadrement et l’instruction des militaires, entre autres fonctions… Elle quittera l'armée dans 3 ans. Dernière question, votre bilan ? "Je suis fière d'avoir servi… L'armée porte des valeurs de convivialité et de solidarité réelles. Mais je crois que je saurais couper le cordon pour réaliser d'autres projets…"
Ana Pessoa.