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 Jacqueline Hubert, Directrice d'hôpital


Dans son monde à elle, on parle en "lits". Jacqueline Hubert dirige donc 908 lits, c'est-à-dire plusieurs établissements hospitaliers (l'Hôpital Sud, l'Hôtel-Dieu, la Tauvrais, le centre de soins dentaires) et 1 800 médecins, infirmières, techniciens de laboratoires, secrétaires médicales…

"Sa petite entreprise" est une énorme boutique où les Rennais naissent (un bébé sur deux), se font opérer de la hanche, soignent leur cancer… Un lieu au cœur de la vie. Un lieu où l'on meurt aussi puisque désormais, il n'est plus d'usage de finir sa vie dans son lit. A la tête de ces établissements bien connus des rennaises : une femme. Et un métier : directeur d'hôpital. Vous savez, le monsieur ou la dame qui tient les cordons de la bourse. Entre autres missions. "C'est évident que les hospitaliers qui ont une bonne image sont plutôt les médecins ou les infirmiers, sourit-elle, la directrice est avant tout une gestionnaire, celle qui alloue les moyens et par définition, les moyens ne sont jamais suffisants."

La direction d'un hôpital se résumerait donc à tenir le portefeuille d'une main de fer ? "Je suis redevable des deniers publics. Mon rôle, et je considère que c'est une mission noble du service public, c'est de faire en sorte qu'il en soit fait le meilleur usage pour bien soigner les patients." Le portrait de la directrice commence à s'affiner. Directrice d'hôpital public, devrait-on préciser… "Je voulais travailler dans le monde de la santé publique, explique Jacqueline. Un monde qu'enfant fragile, j'ai beaucoup fréquenté..."

La fonction publique hospitalière doit être gérée avec l'efficacité du privé… c'est son credo et son combat. Avant d'aller sur le terrain, elle a exercé les fonctions de directrice financier. Un bonheur pour cette passionnée de gestion. Un logiciel de gestion de trésorerie par ici, de nouveaux concepts financiers par là : elle manie les milliards avec dextérité. Et, avec d'autres, élabore le nouveau mode de gestion de l'hôpital fondé sur la notion de contrat. Contrat entre administration et médecins, entre Etat et hôpital… "On ne dirige jamais seul, ou contre… on gère ensemble. Même si, c'est vrai, la décision finale me revient."
Le ton est ferme, le regard direct. On imagine volontiers Jacqueline assumer ses choix avec détermination.

"Je passe du temps à écouter, à explorer les scénarios possibles. Mais à un moment, il faut arbitrer, choisir la meilleure ou la moins mauvaise voie possible. Il faut ensuite assumer ses choix, d'où l'impopularité de la fonction."
Et dans les hôpitaux qu'elle dirige, les choix sont multiples, difficiles, complexes. Depuis 4 ans, le directeur général du CHU a confié à Jacqueline la mission de transformer l'Hôpital Sud en Hôpital de la femme et de l'enfant. "Ce sera un grand progrès, précise-t-elle avec beaucoup de force de conviction. Des équipes médicales réunies, des disciplines enfin rapprochées comme les urgences pédiatriques et la chirurgie pédiatriques."

En attendant de couper le ruban de ce bel hôpital, il faut gérer la période toujours difficile des travaux tout en continuant d'offrir d'excellentes conditions d'accueil aux hospitalisés. Un défi que Jacqueline Hubert relève avec son équipe, même si la tâche est parfois épuisante pour tout le monde. "Il faut constamment anticiper, trouver des solutions. Un bloc opératoire à fermer en période estivale pour cause de travaux (une décision difficile à prendre) mais aussi une agression sur un parking de l'hôpital, une maladie qui déstabilise le secrétariat d'un service, des tensions au sein d'une équipe ou entre deux unités, des négociations avec un chef de service qui veut acheter un équipement dernier cri… Ce métier c'est une succession de décisions à prendre, de solutions à imaginer. L'hôpital est en effet un monde qui bouge en permanence et on ne peut plus appliquer des vieilles recettes bien rodées. Il faut constamment imaginer, innover, s'adapter."

Il est 19 heures. Jacqueline récupère la mallette de garde. Plusieurs fois par an, elle assure comme ses collègues de l'équipe de direction du CHU, la permanence pendant la nuit, les week-ends et jours fériés. L'hôpital ne ferme jamais ! 23 heures, le cadre des urgences l'appelle pour signaler une arrivée importante de patients. Il faut leur trouver un lit dans l'établissement. Pas le temps de se rendormir : elle doit aussi s'occuper des formalités pour hospitaliser un patient atteint de troubles psychiatriques… Directrice d'hôpital, une sinécure ? "Pas vraiment, sourit-elle, mais un métier où l'on peut exercer de vraies responsabilités." S'il vous tente, n'hésitez plus : l'Ecole nationale de la santé publique (ENSP) est à Rennes, cela tombe bien.

      
                                  Ana Pessoa.


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