Elle n'a pas étudié les finances à HEC. Et si elle connaît bien le monde de l'entreprise, c'est qu'elle en a gravi les échelons. La valeur du travail et de l'argent, c'est dans un petit bistro de campagne qu'elle l'a apprise, celui de ses parents qu'elle allait aider après l'école.
"Une paire de chaussures, c'était 5 samedis derrière le comptoir", se rappelle-t-elle, émue. Béatrice Le Tacon est fière de cet héritage-là. Elle l'a bien fait fructifier. La jeune assistante comptable a fait ses armes dans une banque, chez un agent d'assurances, dans une concession automobile. Toujours un monde d'hommes où pour exister, il faut répondre du tac au tac, sans baisser les yeux. Jamais. Même si pour prouver à un supérieur misogyne (il parait qu'il en reste quelques exemplaires) qu'une femme peut réussir dans une équipe d'hommes, il faut travailler plus. Beaucoup plus. Et bien entendu, devenir la meilleure.
A 40 ans, cette Bretonne née sous le signe du taureau a trouvé une nouvelle arène… Un monde professionnel peu connu où son sens de l'indépendance et du relationnel s'épanouit : la tontine… La tontine ? Si vous êtes africaine ou asiatique, vous connaissez sans doute. C'est un mode d'épargne courant dans ces deux communautés. Si vous êtes bretonne, vous aurez peut-être besoin que Béatrice vous l'explique. Pour faire simple, c'est un pot commun dans lequel la grand-mère soucieuse de gâter ses petits-enfants, le salarié qui prépare sa retraite ou le rentier en quête d'efficacité discrète (ou de discrétion efficace...) mettent une partie de leurs économies. 10, 15 ou 20 ans après, ils retrouvent plus de billes qu'ils en ont mises… C'est vieux comme le monde : enfin, depuis 1 653 grâce à Mazarin, puis 1 844 grâce au directeur de Polytechnique de l'époque.