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Edmond Hervé, Maire de Rennes | Loïck Le Brun. leader de l'UMP à Rennes | Eric Berroche, élu communiste | Nicole Kiil-Nielsen. élue vert | Sylvie Robert, adjointe à la Culture | Jean-Louis Tourenne, Président du Conseil général | Philippe Rouault, leader UMP au Conseil général | Frédéric Bourcier, premier secrétaire fédéral du parti socialiste | Bruno Chavanat, conseiller municipal UMP | Grégoire Le Blond, secrétaire général de l'UDF
|  |  |  | Loïck Le Brun, leader de l'UMP à Rennes

L’opposition s’oppose. Mais que propose-t-elle ? Quel est son projet ? Revue de détail avec Loïck Le Brun. Le leader de l’opposition rennaise, qui entend bien mener la prochaine bataille municipale, expose ses thèses et convictions autour d’un certain nombre de sujets : intercommunalité, fiscalité, développement urbain, politique culturelle… Véritable projet politique crédible au service du développement de l’agglomération ou propos de circonstance visant à coaliser les mécontentements ? On en jugera sur pièces.
Comment voyez-vous Rennes ? Quels rapports entretenez-vous avec cette ville ? Et quels sont, selon vous, ses atouts et ses faiblesses ? "Je suis arrivé à Rennes à 13 ans en 1978. J'y ai fait mes études et j'ai vraiment vu cette ville évoluer. Pour moi, il y a deux temps dans la vie de Rennes avec Edmond Hervé. Un premier temps, jusqu'en 1990 environ, où Rennes est une ville jeune, étudiante, et qui assume la jeunesse de sa population. Et puis il y une seconde période plus compliquée. Nous devons faire face à une compétition qui n'est plus seulement interrégionale mais qui est européenne et mondiale, et dans ce jeu-là nous avons loupé un certain nombre de virages : quand on regarde le classement des métropoles européennes par la DATAR, Rennes n'arrive qu'à la 63e place !"
Pourtant un certain nombre de classements maintiennent Rennes en bonne position dans la compétition entre les villes… "Cela se dégrade. Si vous regardez le dernier classement du “Point”, on est en perte pratiquement partout. Le rapport de Rennes avec Nantes s'est modifié. Aujourd'hui je ne crois pas que beaucoup de Nantais cherchent, comme il y a 20 ans, à venir à Rennes. Sur la recherche, le développement, l'université et la vie culturelle Rennes était en tête. Aujourd'hui Nantes pétille dans tous les sens."
Quel est le bilan de l'opposition municipale depuis 2001 ? "Etre dans l'opposition est une position ingrate parce qu'on travaille avec de faibles moyens."
Vos détracteurs disent que vous ne seriez personnellement pas très présent… "Nous sommes treize face aux quarante-huit de la majorité. Contrairement aux élus de la majorité nous ne sommes pas des professionnels de la politique ! Personnellement, j'ai créé ma société de consultant, dans le cadre du statut de chômeur créateur d'entreprise, parce que contrairement à beaucoup d'élus de la majorité je sais ce que c'est qu'être au chômage. La politique me rapporte à peu près 1 700 euros dont je reverse une partie à l'UMP. Je n'ai cette indemnité que depuis que je suis conseiller régional, un conseiller municipal de Rennes perçoit 300 euros et un conseiller d'agglomération : 200. Nous sommes malgré tout présents dans les comités consultatifs, dans les conseils de quartier et lors de toutes les manifestations importantes."
Serez-vous candidat et leader de l'opposition aux prochaines municipales ? "C’est une décision collective. Je souhaite le faire dans le plus grand rassemblement avec toutes celles et tous ceux qui veulent qu'il y ait un nouveau projet pour Rennes. Aujourd'hui le groupe est uni."
Les traces du conflit de 2001 sont cicatrisées ? "Oui, complètement. Il n'y avait même pas conflit. Il y avait les anciens et les nouveaux."
Il y avait deux candidats… "Non il n'y a pas eu deux candidats puisqu’Yvon Jacob ne l'a pas été."
Il était candidat à la candidature… "Oui. Bon, il y avait les ex-RPR, les ex-UDF… Tout ça n'existe plus. Il y a un groupe très uni qui travaille. J'ai le sentiment que les gens sont heureux du boulot qu'on fait tous ensemble et croient à la nécessité de progresser."
Vous-même finalement vous avez connu trois échecs aux élections… "Non deux. Municipales et législatives, aux régionales je n'étais pas tête de liste. Lors des municipales l'opposition a fait 43 %. C'est le meilleur score de la droite depuis 20 ans. Je suis persuadé qu'aujourd'hui on ferait plus."
Est-ce que c’est très différent d’être à la fois dans l’opposition municipale et dans l’opposition régionale ? "Ce qui a changé entre l'opposition d'hier et celle d’aujourd’hui, c'est l'image d'une opposition qui travaille, qui est présente dans le débat, qui a quelque chose à dire, et ne se réfugie pas uniquement dans un vote négatif. On ne fait pas l'actualité tous les matins au conseil municipal, en claquant la porte de façon un peu théâtrale. Nous avons su le faire quand nous l'estimions nécessaire, quand Edmond Hervé poussait le bouchon un peu loin. Je vois d'ailleurs une vraie différence entre Edmond Hervé et Jean-Yves Le Drian. Il y a moyen de discuter avec ce dernier. Il écoute. Pas Edmond Hervé. On est dans un combat frontal, un peu clanique. Ce n'est pas ma conception de la vie politique. J'ai des copains de gauche et c'est très bien comme ça."
Vous avez opté pour l'engagement à droite… "Je ne me considère pas comme un homme de droite, avec ce côté dur, mais je crois à un certain nombre d'idées qui sont plus au centre droit. La formation politique est un cadre. Mais je n'ai pas le complexe de gauche, ni celui de droite. En Angleterre je serais au New Labour !"
En 2001 vous disiez : il faut faire rêver les Rennais. Avec quels projets aujourd'hui ? "En 2001 nous disions, que face au développement de la ville, nous devions avoir des développements de quartier harmonieux et respectueux des habitants. Comment répondre au souhait des gens d'être propriétaire et assurer le développement de la ville sans un étalement urbain à l'américaine que je ne partage pas. Si le modèle de développement urbain de la gauche à Rennes est celui de Saint-Jacques-de-La-Lande, c’est dramatique. |  | Je pense que l’on peut envisager un développement sans bourrage urbain. Il faudra qu'on ait une réflexion sur le maintien de la ceinture verte. Je n'entends pas Edmond Hervé en parler. Il semble qu'elle soit condamnée mais on ne le dit pas."
En terme de transport vous êtes favorable à une seconde ligne de métro ? "Il faut évidemment une seconde ligne de TCSP, mais réfléchissons bien comment on pourra prolonger la première ligne, au sud vers Chantepie et au Nord vers Beauregard. Préparons 2030 : le métro n'ira-t-il pas jusqu'à Saint-Grégoire ? Ayons cette réflexion. Ayons des études sérieuses. Comparons. Ce sont des coûts importants que Rennes Métropole va devoir assumer."
Alors justement concernant Rennes Métropole, étiez-vous favorable au départ de Noyal-sur-Vilaine ? "Je n'ai pas à être pour ou contre. Simplement je me demande pourquoi cela s'est passé comme ça. J'aurai préféré que Noyal reste dans Rennes Métropole, parce que l'on perd des rentrées fiscales. Mais les élus de Noyal estiment qu'il est bon pour eux de s'en aller. Je pense en effet que la maire de Noyal-sur-Vilaine, dans cette nouvelle intercommunalité, maîtrisera mieux le développement de sa commune. Ensuite il y aura des élections, les habitants diront s'ils étaient d'accord ou pas. Mais Edmond Hervé n'a pas fait grand-chose pour que Noyal reste. Pas seulement lui, mais son bureau rapproché, les Delaveau et autres Tourtellier."
Autre dossier d'actualité sur Rennes Métropole, celui de la fiscalité… "Cela pose un problème de conscience politique : est-ce que des élus qui ne sont pas élus au suffrage universel direct peuvent lever des impôts ? Comment faire pour sanctionner le président de Rennes Métropole pour sa politique ? M. Hervé a dit à Mme Clanchin quelle ne pouvait pas quitter Rennes Métropole parce que ce n'était pas dans son programme électoral. Il n’était pas non plus question de taxe additionnelle dans le programme électoral d’Edmond Hervé. On peut en revanche ouvrir le débat lors des prochaines élections municipales."
N'y a-t-il pas un besoin de ressources supplémentaires, en sachant que cette taxe aura de surcroît un effet de levier ? "Pourquoi cette rapidité ? Avons-nous un besoin d'argent ? Non. On va avoir des rentrées fiscales sur la Taxe Professionnelle supérieure à ce qui était prévu grâce à PSA. La solution qui consiste à augmenter les impôts quand vous avez un besoin financier sans réfléchir à la qualité de vos dépenses, pose un problème ! Les Champs Libres, l'hôtel d'agglomération, étaient-elles des dépenses prioritaires ? Pourquoi le budget des Champs Libres a dérapé ? Il est grotesque de comparer les Champs Libres avec le Musée Guggenheim de Bilbao. Est-ce qu'on viendra à Rennes spécialement pour les Champs Libres comme on va à Bilbao pour son musée ? Vous me permettrez d'en douter."
La qualité de sa programmation sera déterminante… "A Bilbao et à New York, il y a des fonds d'œuvres de renommée mondiale. Des expositions pour lesquelles on prend l'avion. Je ne remets pas en cause cet équipement mais je pense qu'on aurait pu l'avoir pour un coût bien moindre."
Quels sont vos projets en terme de politique culturelle ? "On nous a toujours enfermés dans une certaine image d’opérette. On a toujours voulu faire paraître la droite comme des gens incultes, il faut arrêter. L’offre culturelle actuelle est-elle suffisamment large ? Est-ce que le théâtre c'est uniquement de la création ? Je ne le pense pas. Est-ce que Rennes doit se contenter de recevoir les tournées parisiennes ? Non plus. Il faut un mélange des deux. Il y a de la place pour le festival Mettre en scène mais cela ne doit pas se résumer qu'à ça. Je voudrais qu’il y ait ouverture de l’offre, plus d’éclectisme. Que des Rennais aillent au théâtre de Saint-Malo parce qu'ils ne trouvent pas satisfaction dans la programmation rennaise, cela pose problème."
Des Malouins viennent à Rennes pour la même raison… "J'aimerai bien connaître la proportion de Malouins abonnés au TNB, que je comparerai au pourcentage de Rennais abonnés au Théâtre de Saint-Malo."
Qu'avez-vous vu récemment au théâtre ? "Avec le lancement de mon entreprise je n'ai plus beaucoup de temps pour sortir. Je le regrette. Mais j'ai eu des coups de cœur au TNB, comme Le Cercle de craie Caucasien, une pièce magnifique."
Que pensez-vous des Trans ? "On a toujours dit que la droite est contre les Trans. C'est faux. Je fais confiance à Béatrice Macé, et nous avons toujours voté les subventions des Trans. Par contre nous posons une question : est-ce que les Transmusicales sont un moment de culture pour l'ensemble des Rennais ? La réponse est plus mitigée. On dit que la musique classique ne peut pas toucher tout le monde. Les Folles journées à Nantes ont enregistré 150 000 billets vendus, et sont en relation avec sept ou huit villes dans le monde : voilà un événement culturel qui a un impact dans la ville !"
Selon vous ce type d'événement manque à Rennes ? "Il manque un grand moment culturel populaire. Mais ce n'est pas le retour à la fête des fleurs. Je rêve que Rennes soit par exemple Ville européenne de la culture, comme Lille. Et si c'était notre objectif ?"
Propos recueillis par Raymond Paulet.
Avril 2005. |
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