|  |  |  | Nicole Kiil-Nielsen, élue vert

A 56 ans, Nicole Kiil-Nielsen, est verte et bien verte. L’adjointe au maire, en charge de la coopération décentralisée et de la solidarité internationale, est présidente du groupe verts qui compte six représentants au conseil municipal composé de 61 membres. Originaire d’un village de Mayenne et d’une famille ouvrière de six enfants, Nicole Kiil-Nielsen aime se définir comme "militante élue".
A quand remonte votre engagement dans la politique ? "J’ai commencé à militer il y a longtemps. Dès ma première année d’université à Rennes. A la suite d’une grossesse non désirée et d’un avortement. Avant la loi Weil. Je me suis fait avorter dans une clinique du sud de l’Angleterre. C’était assez traumatisant. Revenue à Rennes je suis allée à une rencontre sur la contraception où j’ai témoigné devant un parterre d’hommes et de médecins peu favorables à cela. C’est vraiment en tant que femme que j’ai commencé à militer. Et même si on se faisait cracher à la figure et insulter sur le marché des Lices, ce combat pour l’avortement on l’a gagné, ce qui m’a conduit à en mener d’autres. Ce qui m’a donné le goût de la politique."
Militante féministe vous avez ensuite choisi de vous engager chez les Verts, pourquoi avoir choisi ce parti ? "J’ai découvert au début des années quatre-vingt-dix que les Verts avaient inscrit dans leurs statuts la parité hommes femmes, et qu’ils se l’appliquaient à eux-mêmes en interne. Pour moi cela a été déterminant. Car là il n’y avait pas le décalage qu’il y avait dans tous les autres partis entre le discours et la pratique. Quand on voit le conseil général, qui est passé à gauche, c’est la victoire des hommes ! Il y a moins de femmes qu’avant, c’est effrayant. Si on n’a pas constamment ce souci de la parité le naturel revient au galop."
Les Verts pèsent combien à Rennes ? "Au conseil municipal nous sommes huit, quatre hommes et quatre femmes. Aux cantonales cela ne s’est pas trop mal passé. J’ai fait 11,75 % sur Rennes Centre. Sur Rennes on tourne autour de ce pourcentage selon les périodes. Ce qui veut dire qu’au sein de la municipalité nous sommes sous représenté, par rapport à notre électorat. Les communistes sont 7 pour un pourcentage bien moindre (entre 3 et 4 % aux dernières cantonales)."
Vous êtes élue pour la première fois en 2001, votre premier mandat… "Je n’avais jamais imaginé être élu. Je n’ai pas de projet de carrière. Quand je ne serai plus élue, je serai toujours militante et je ferai toujours de la politique. Je suis conseillère d’éducation. Chez nous on est attaché à ce que les élus conservent un pied dans l’activité professionnelle, cela nous paraît fondamental. Je le vis concrétement, je ne me sens pas du tout déconnectée. Alors que certains élus sont dans leur bulle. C’est aussi pour cela que nous sommes contre le cumul des mandats… lue dernièrement à la région Pascale Loget a démissionné de son poste d’adjointe, elle est la seule à l’avoir fait à la mairie !"
A deux ans des prochaines échéances électorales, quel est le bilan des Verts dans la majorité municipale ? "C’est difficile. Nous ne sommes pas nombreux, et nous sommes arrivés au sein d’une équipe rodée. Globalement nous sommes tout de même fiers de la ville mais on aimerait que cela aille plus vite et plus loin. Nous ne sommes pas toujours satisfait. Exemple le plus flagrant : le débat sur l’eau. La gauche rennaise a raté une occasion. D’un côté on a des discours contre la mondialisation libérale, et de l’autre, dans sa localité, on ne fait rien pour retirer une parcelle de pouvoir à une multinationale, la CGE. On se serait réapproprié un bien public. Cela aurait eu du sens. Pendant ce mandat cela aura été pour nous la grosse déception. Plus globalement bien sûr on applique le programme qu’on a signé ensemble."
Quels sont les sujets sur lesquels vous vous mobilisez ? "La question du logement nous préoccupe. Il y a une grosse demande, il faut construire. Nous avons voté le plan local de l’habitat mais notre vigilance va s’exercer sur la qualité des logements. Nous souhaitons que les logements construits soient des logements HQE (haute qualité environnementale). Bien sûr cela coûte au début mais on limite ainsi les besoins énergétiques et ce sont ensuite autant d’économies pour les gens qui habiteront ces logements. C’est aussi une manière de faire du social. Nous espérons être entendus sur ce point. Mais quand on est pro nucléaire comme le sont Edmond Hervé et les socialistes, on n’est pas enclins à développer les énergies renouvelables."
Vous étiez monté au créneau sur le dossier de l’OSCR… "Nous n’étions pas contre le fait qu’il faille débattre et revoir l’organisation associative sur Rennes, mais nous n’avons pas été très satisfaits de la manière dont cela s’est déroulé au départ. Ca a été très directif, plus par maladresse que par intention de nuire. Je crois que nous avons été entendus. Les choses se sont ensuite déroulées de manière plus satisfaisante. Puisqu’on a ensuite réuni toutes les associations pour en débattre."
Déception sur l’eau, attente sur le logement, quelles sont les réalisations dont vous seriez satisfaite ? "Puisque c’est la rentrée scolaire on peut souligner les produits bio introduits dans les cantines scolaires. J’aimerai d’autre part pouvoir parler des transports. Cela avance bien du côté des pistes cyclables, même s‘il y a encore des efforts à faire."
Le VAL ? "Nous étions opposés, non pas au TCSP (transport en commun en site propre), mais au choix du VAL. Je pense qu’on avait raison quand on sait qu’il y a eu une augmentation de trafic sur la rocade qui atteint 5,6 % en deux ans. Même s’il y a eu une diminution du trafic en centre-ville. Avec le tramway on aurait actuellement trois fois plus de km de TCSP. On n’est pas prêt de les avoir avec le coût du métro. Et on aurait pu le faire fonctionner jusqu’à des communes comme Betton en empruntant les voies ferrées."
|  | Le SPACE, salon des productions animales, se tient à Rennes ce mois-ci. Quelle politique agricole préconisez-vous ? "Tout d’abord nous sommes choqués par un décret sorti cet été qui abaisse le seuil d’autorisation pour étendre les élevages. Cela va dans le sens de cette agriculture intensive et productiviste qui est au cœur de la PAC."
Vous êtres plutôt d’accord avec Tony Blair qui veut revoir la PAC ? "Il faut revoir la PAC. Il faut que les aides soient conditionnées à des critères écologiques. Il faut aider davantage l’agriculture bio et permettre à beaucoup plus de paysans d’en vivre, bien répartis sur le territoire. Alors qu’actuellement il y a de moins en moins de paysans et qu’on fait couler les économies rurales des pays du sud. Qualité des produits, protection de l’environnement : nous disons que l’agriculture est l’affaire de tous car il s’agit de la qualité de notre nourriture, de la préservation de notre environnement. Il faudrait un grand débat sur l’agriculture en France."
Pour le consommateur les produits bio restent beaucoup plus chers… "Parce qu’on fait des choix, l’agriculture productiviste coûte très cher. On pourrait faire baisser les coûts en réorientant les aides vers ce type d’agriculture. Sur ces questions nous sommes déçus par la gauche également. Ils restent productivistes. Certains élus commencent à comprendre les mécanismes du développement durable. Mais il reste tout un cheminement et le courage de prendre certaines décisions."
Autre sujet d’actualité, celui de l‘animation nocturne pour les jeunes, quelle est votre position ? "Nous ne sommes évidemment pas dans la logique scandaleuse de la préfète et nous adhérons complètement à ce qui se fait, en particulier Dazibao."
La ville apporte là une réponse satisfaisante… "Absolument."
Aux attentes des jeunes mais également des habitants du centre-ville… "J’espère, ou alors ils sont de mauvaise foi. Parce qu’il y a eu une nette évolution, positive. Alors que les méthodes de la préfecture ne faisaient qu’envenimer la situation."
Vous demandez encore le départ de la préfète ? "Ce n’est plus d’actualité mais c’est vrai que cela aurait calmé le jeu il y a quelques semaines. Les choses se sont apaisées depuis mais pas grâce à la préfète, grâce à nous, à ce que fait la municipalité."
Sur un aspect plus général les Verts prônent toujours la légalisation du cannabis ? "Bien sûr. En tant que conseillère d’éducation je suis d’ailleurs confrontée à cela avec les jeunes. Il faut aborder la question du cannabis comme on aborde la question de l’alcool, de tout produit, en mettant cartes sur tables, en expliquant aux jeunes les risques encourus. On sait bien qu’il ne faut pas prendre sa voiture quand on a bu ou fumé. Et qu’il faut fumer modérément, pas le matin avant d’aller au lycée… Je crois que là-dessus il faut être plus courageux qu’on ne l’est. On a l’exemple de pays où le cannabis est légalisé, on ne peut pas dire que cela est tragique."
Quelles traces laissent chez vous le référendum sur le traité constitutionnel européen ? "Les Verts ont appelé à voter pour. Chez les Verts il y a toujours du débat et c’est tant mieux. Mais nous jouons le jeu de la démocratie. Je peux vous le dire j’étais pour le non. Nous avons débattu, c’est le oui qui l’a emporté. Donc je n’ai pas fait campagne pour le non. Mais j’ai voté en mon âme et conscience."
Noël Mamère célébrait il y a quelques mois un mariage entre deux hommes. Etes-vous favorable au mariage homosexuel ? "Nous sommes pour."
Vous seriez prêt à en célébrer un à Rennes ? "Tout à fait, je l’ai déjà dit à la communauté locale. Il faudrait que le maire soit d’accord, si le cas se présentait."
Sur le plan des échéances électorales à venir qui mènera les Verts aux prochaines municipales ? "Je ne sais pas. Chez les Verts on résiste à la personnalisation, on essaie d’éviter cela, même si ce n’est pas facile. Pour la présidentielle ce qui est important c’est qu’on fasse connaître notre programme et qu’on défende une réforme du système politique français."
Sur le plan local ? "La question que nous avons à débattre sur le plan local est de savoir comment on va se présenter. Nous venons de vivre une expérience très positive aux régionales. Nous avons fait une belle campagne, bien suivie. Donc aux municipales, ne vaut-il pas mieux se présenter également en autonomie au premier tour ? Là je crois que les choses sont plus claires, plus honnêtes, pour les électeurs qui peuvent ainsi mieux se sentir représentés. On peut d’ailleurs mieux mobiliser l’électorat. En affichant clairement les choses pour le second tour, car l’ancrage des Verts à gauche est maintenant clairement acquis."
Edmond Hervé doit-il rempiler pour un autre mandat ? "De façon générale nous sommes contre le cumul des mandats, dans le temps également. Ce n’est pas une question de personnes. Il s’agit simplement d’une règle à ériger."
Propos recueillis par Raymond Paulet.
Septembre 2005.
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