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 Philippe Rouault, leader UMP au Conseil général


A 42 ans, l'ancien maire de Pacé est le nouveau leader de l'opposition au Conseil général. Député depuis 2002, il espère non seulement pouvoir conserver son siège en 2007, mais aussi reconquérir l'assemblée départementale lors des prochaines échéances électorales. Même s'il sait qu'il reste encore beaucoup à faire pour convaincre les électeurs.

Après plusieurs années passées dans la majorité, vous êtes désormais dans l'opposition au Conseil général. N'est ce pas trop difficile à supporter ?
"La démocratie est ainsi faite que l'alternance politique ne me choque pas. D'autant moins que j'ai personnellement remplacé des élus socialistes aussi bien à la mairie de Pacé, qu'au poste de Conseiller général du canton de Rennes Nord-Ouest qu'à celui de député de Rennes Monfort. L'alternance peut donc être une bonne chose."

Et comment se passe votre travail au Conseil général maintenant que vous n'avez plus le pouvoir ?
"Tout d'abord, mes collègues m'ont proposé de prendre la présidence du groupe de l'opposition avec Michel Pigeon, le conseiller de Châteaubourg, comme vice-président. Il y avait un souhait de passage de témoin de la part de Jean-Michel Bollé et d'Auguste Fauvel. Maintenant, je souhaite que les rapports entre majorité et opposition soient constructifs. Un homme politique digne de ce nom doit accepter les critiques et les suggestions de son opposition. Il ne faut jamais oublier que c'est l'intérêt de nos concitoyens qui priment."

Jean-Louis Tourenne a sévèrement critiqué la précédente majorité. Quel est votre sentiment ?
"Les critiques doivent faire la juste part des choses. Pour être crédible, Jean-Louis Tourenne aurait également dû faire le constat de toutes les réussites des gens qui l'ont précédé. Ne l'oublions pas, l'Ille-et-Vilaine a été, de l'aveu même de plusieurs élus socialistes nationaux, un département innovant dans le domaine de l'action sociale notamment avec le RMI qui est une création de Pierre Méhaignerie. De même dans sa politique en matière d'infrastructures routières que beaucoup d'autres départements nous envient."

Alors, comment expliquez-vous alors le basculement du Conseil général à gauche ?
"Un contexte national défavorable. Car même si le parlement avait voté des réformes importantes aussi bien sur les retraites que sur la sécurité sociale, nous étions au milieu du gué. Comme elles n'étaient pas encore appliquées, les gens ont surtout vu leurs inconvénients et pas du tout l'intérêt qu'elles avaient sur le long terme. Ceci dit, je pensais qu'on aurait pu conserver le Conseil général. C'est pour cela que j'avais choisi en septembre 2002, lorsque j'ai dû me mettre en conformité avec la loi sur le cumul des mandats, de rester siéger au sein de l'assemblée départementale."

Pensez-vous que vous puissiez à terme reprendre le Conseil général ?
"Tout à fait. Rien n'est définitivement acquis pour qui que ce soit. Pour le moment, je ne fais aucun pronostic, mais je m'emploierai pour que ce soit le plus rapidement possible. Il y a une forte attente du renouvellement de la classe politique. Cela doit nous faire réfléchir sur les choix à faire pour les prochaines échéances."

Vous aviez été élu maire de Pacé en 1995, puis réélu en 2001. N'avez-vous aucun remord d'avoir passé la main ?
"Je n'ai aucun regret. Tout d'abord parce qu'il y a une excellente équipe à Pacé. Et puis, parce que j'ai pu défendre au Conseil général des dossiers très importants pour la commune. Notamment pour son développement économique avec le projet d'implantation d'Ikéa dont la venue est aujourd'hui confirmée. C'est un dossier sur lequel je travaille depuis 1998 et auquel j'ai souhaité associer Rennes Métropole. C'est toujours très long à aboutir, c'est pour cela que je n'ai jamais fait d'annonce officielle sur une date d'ouverture. Même si désormais on peut espérer cela pour 2007."

N'est-ce pas trop dur de laisser les clés de sa mairie à un autre homme quand on s'est tellement investi dans ce mandat local ?
"Il ne faut jamais oublier que derrière un homme qui est élu, il y a une équipe avec un programme que nous avions écrit ensemble. Il n'y a donc aucun problème. D'autant moins que Paul Kerdraon qui m'a remplacé au poste de maire, associe très étroitement le conseiller général du canton que je suis, à tous les dossiers, donc aux décisions, qui sont prises."

Peux t-on imaginer un jour que vous redeveniez maire de Pacé ?
"Pourquoi pas !"

Et la ville de Rennes, cela ne vous a jamais tenté ?
"Si j'avais voulu venir sur Rennes, croyez-vous vraiment que j'aurais installé ma permanence à Pacé !"

Vous êtes également député de la 3e circonscription d'Ille-et-Vilaine (Rennes Monfort). Comment vous organisez-vous pour arriver à tout faire ?
"Il faut avoir une très bonne organisation et une grande capacité de travail. Je n'ai pas beaucoup de respect pour les élus qui ne travaillent pas. La fonction d'élu de la nation a une exigence d'investissement personnel permanent sur tous les dossiers aussi bien au plan local qu'au plan national. Il faut également pouvoir rencontrer les gens sur le terrain. C'est primordial. On m'a fait remarquer à plusieurs reprises que les gens étaient surpris de voir leur député tenir une permanence au moins une fois par an dans chaque commune de sa circonscription. Ils n'avaient visiblement pas l'habitude."

Comme député, passez-vous beaucoup de temps sur le terrain ?
"En général, je suis deux à trois jours par semaine à Paris, à l'Assemblée nationale, le reste du temps, je suis dans ma circonscription. Chaque année, je reçois entre 500 et 700 personnes dans des rendez-vous individuels. C'est la seule façon d'avoir des informations. Il est important que le député ait des remontées des dysfonctionnements de la société. Si les rouages administratifs fonctionnaient correctement nous ne devrions pas à avoir à intervenir. Cela nous permet, soit de faire évoluer la loi, soit d'essayer d'améliorer l'administration en intervenant ensuite au niveau des ministères."

Cela fait beaucoup d'activité. Ne pensez-vous pas qu'il faudrait renforcer le non-cumul des mandats aussi bien dans leur nombre que dans le temps ?
"On peut effectivement se poser la question quand je vois autour de moi des élus qui cumulent plusieurs fonctions : maire, conseiller métropolitain, conseiller général ou conseiller régional ou député, sans parler des conseillers de Pays, etc. On peut donc se demander si l'on doit aller plus loin en limitant strictement le nombre de mandats à deux. C'est comme pour la durée. Il est parfois sain d'avoir une coupure dans un mandat politique pour éviter que la routine, et peut-être les mauvaises habitudes, ne s'installent."

En plus de vos mandats électifs, vous êtes aussi membre de la direction nationale de l'UMP. Qu'y faites-vous ?
"Je suis secrétaire national de l'UMP en charge de la formation. Je siège également à la commission des investitures. Je crois qu'il est important de s'investir dans le fonctionnement de son parti."

Avez-vous le temps d'avoir une vie privée avec toutes ses activités ?
"Je suis marié et j'ai trois enfants. Pour le reste, je ne parle jamais de ma vie privée. Je trouve que la presse s'intéresse parfois plus à la vie privée des hommes politiques qu'au débat d'idées. C'est dommage."

N'avez-vous pas été trop déçu par le résultat du référendum ?
"Tout d'abord, plus de 80 % des adhérents de l'UMP ont voté Oui. C'est le parti le plus européen de France. Pour le reste, je pense qu'il y a eu beaucoup de désinformation. Les partisans du Non ont annoncé que l'on pouvait renégocier et qu'il y avait un plan B. Aujourd'hui, je constate qu'en fait de plan B, il y a surtout un plan Blair, avec une vision bien plus libérale pour l'Union européenne. Il serait intéressant de débattre aujourd'hui avec toutes les personnes qui ont avancé des arguments mensongers pendant la campagne. Mais, je ne suis pas certain qu'ils auront l'honnêteté de le reconnaître."

Il y a pourtant un malaise. Depuis trois ans, la situation économique, et en particulier l'emploi, n'a cessé de se dégrader. Que comptez vous faire pour changer cela dans les 20 mois qui vous reste ?
"Il faut que nous allions plus loin dans les réformes. Pour les retraites, nous avons laissé de côté les régimes spéciaux. Pour les transports, nous avions promis un service minimum. Mais, là aussi nous n'avons pas été jusqu'au bout. Nos électeurs nous reprochent de ne pas avoir tenu nos engagements de la campagne de 2002. Un député de base comme moi se doit de le rappeler régulièrement aux membres du gouvernement. Il vaut mieux se faire battre en ayant été au bout de la politique pour laquelle vous avez été élu que de se faire battre pour n'avoir rien fait."

                        Propos recueillis par
                       Antoine Le Séguillon.

Juillet-Août 2005.


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