|  |  |  | Sylvie Robert, adjointe à la Culture

Son engagement politique, au parti socialiste, ne date pas d'hier. Sylvie Robert y adhère en 1985, à 22 ans. Elle rejoint l'équipe d'Edmond Hervé dès 1989. D'abord comme élue aux échanges internationaux puis à partir de 1995 à la politique éducative. Depuis 2002 elle est en charge de la culture. Une délégation taillée sur mesure pour cette ancienne chargée de relations publiques au TNB. Depuis les dernières élections régionales Sylvie Robert a ajouté une nouvelle corde à son arc : elle est Vice-Présidente de la région Bretagne, déléguée à la culture. Un cumul qui la rend désormais incontournable sur le plan local pour tous les acteurs culturels. Main de fer dans un gant de velours elle mène sa barque avec résolution. Si au niveau de la région, la nouvelle équipe étant encore en phase d'installation, il est difficile de distinguer les orientations d'une nouvelle politique culturelle à Rennes, le nombre de chantiers en cours de réalisation impressionne : de quoi, comme le dit Sylvie Robert, "changer la physionomie de Rennes en trois ans." Elle n'a d'ailleurs pas lambiné en chemin ayant, par exemple, rénové le festival des Tombées de la nuit en pariant sur le projet de Claude Guinard. Pour autant, foisonnement signifie-t-il diversité esthétique et diversification des publics ? Et l'impérieux objectif de réduction des inégalités d'accès à la culture y trouve-t-il son compte ?
Avant d'être élue à la culture vous êtes une professionnelle du secteur culturel ? "J'ai travaillé de 1990 à 2001 au TNB, en charge des relations publiques. Avec un objectif qui me guidait et me guide toujours : permettre la rencontre entre un artiste ou un projet artistique et une population. C'est le fil rouge encore aujourd'hui. Pour cela, il faut inventer tous les chemins, tous les dispositifs, tout ce qui peut le faciliter. La fonction de l'art et de la culture est, selon moi, de permettre que les uns et les autres puissent avoir cet épanouissement individuel, collectif, cet accès à la connaissance. Car il s'agit d'avoir un regard critique sur le monde. Les artistes nous renvoient leur vision du monde, ce qui nous interroge, et nous permet aussi d'être libre."
Qu'est-ce qui distingue une politique culturelle socialiste ou de gauche d'une politique culturelle de droite ? Est-ce que cette distinction a du sens ? "Je pense que oui. Une politique culturelle de gauche repose sur des valeurs. Et aujourd'hui, sur fond de politique ultra libérale, certaines valeurs comme le respect de la liberté de création, la diffusion des œuvres et de la connaissance comme moyen d'élever le plus grand nombre vers la liberté, sont des valeurs de gauche, des valeurs d'émancipation de l'individu, tout simplement. C'est également lié à des façons de faire de la politique car la méthode sous-tend souvent le contenu. Moi, je travaille avec les acteurs, dans la confrontation et l'échange. Et je pense qu'une politique de droite, elle, décrète."
Quelles sont les grandes orientations de votre action comme élue rennaise mais également en tant que vice-présidente de la région, chargée des affaires culturelles ? "Je suis en train de dessiner celles de la région mais cela ne fait qu'un an que j'y suis. Je viens de terminer un état des lieux mais je ne peux pas encore annoncer les orientations qui seront celles de la région. Pour autant il me semble important de rappeler qu'une politique culturelle doit se penser en lien, intime, avec un territoire et son développement. Un projet culturel n'est absolument pas déconnecté d'un projet politique. La culture est l'un des secteurs les plus transversaux : je dois travailler avec l'adjoint à l'urbanisme, avec l'adjoint à l'éducation, celui à la solidarité. A la région, c'est la même chose : je veux que la culture innerve l'ensemble des politiques publiques. Et ceci dans un contexte où l'Etat se délite, ne donne plus d'orientations claires et précises. Le ministère de la culture n'est plus le garant de cette égalité, de cette éducation, de cet aménagement du territoire. Ce qui renforce la responsabilité des collectivités locales. Plus que jamais dans cette société libérale, il faut penser culture et économie, culture et solidarité, culture et amÈnagement du territoire."
Ce qui n'était pas le cas hier à la région ? "Absolument pas. Quand je parle d'industrie culturelle, d'économie du livre, d'aide aux maisons d'édition, aux labels ou aux sociétés de production audiovisuelle, du souci de donner aux artistes les conditions les meilleures possibles pour qu'ils puissent créer, cela ne se faisait pas. Quand on pense définition d'une politique sectorielle de la culture et déclinaison territoriale de cette politique, ce n'était pas dans les esprits."
Le cumul d'un mandat de maire-adjointe à la culture et de vice-présidente chargée de la culture à la Région, n'implique-t-il pas certains conflits d'intérêts ? "A partir du moment où on en est conscient, on est vigilant. Comme je n'ai pas envie de devenir schizophrène je fais attention. En particulier à ce que les orientations politiques qui vont être dessinées au niveau de la région soient clairement motivées et justifiées. Au niveau de la ville les choses ont une antériorité."
Comment vous apparaît aujourd'hui le paysage culturel rennais ? "On ne peux pas dire qu'il n'y a pas à Rennes un foisonnement ! Nous avons la chance d'être dans la recherche permanente d'un équilibre. Ce que j'essaie de faire depuis trois ans, en travaillant à la diversité culturelle, pour que chacun puisse trouver ce qu'il souhaite."
Certains pointent pourtant un manque de diversité, par exemple dans l'offre théâtrale. Entre le théâtre de création au TNB et le théâtre de boulevard à Cesson-Sévigné, il y aurait place, et demande, pour d'autres propositions ? "Je respecte l'ensemble des champs que vous évoquez. Mais la dominante à Rennes, que j'assume, est que nous avons un théâtre de créations contemporaines et de production. A la différence de Saint-Malo où c'est principalement un théâtre de diffusion à partir de pièces déjà créées à Paris. Mais Cesson n'est pas loin. Saint-Malo n'est pas loin non plus. Dans cette agglomération les gens circulent, vont là où ils le souhaitent. Rennes n'a pas à tout concentrer, à tout faire. S'il peut y avoir des complémentarités je trouve cela très bien. Si à Saint-Grégoire, à Bruz, il y a autre chose c'est très bien."
Cette complémentarité culturelle existe peut-être sur le territoire de l'agglomération. Pour autant l'agglomération en tant que telle n'a pas de compétence en la matière. "Ce sont les communes qui les ont." |  | A chaque commune donc d'impulser son projet culturel ? "Eh oui !"
Noyal-sur-Vilaine, qui a quitté la communauté d'agglomération, aurait souhaité plus d'accompagnement de la part de Rennes Métropole par exemple sur un investissement comme celui de son centre culturel l'Intervalle… "Pour l'instant il n'y a pas d'autre équipement d'intérêt communautaire que les Champs Libres. Le futur nous dira si l'évolution se fera ou pas. Noyal n'étant plus dans la course qu'ils restent là où ils sont. Et on verra pour les autres ce qui se dessinera dans le projet d'agglomération pour les prochaines années."
Il y a tout de même une difficulté à parler de complémentarité sur un territoire et dans un secteurs ou cela reste de l'initiative de chacun, sans schéma d'ensemble a priori... "Pour l'instant on ne peut être que vigilant à essayer de maintenir ces équilibres. Puisqu'ils existent de fait, impulsés par les différentes communes."
N'y a-t-il pas un certain déséquilibre entre une zone comme Chartres-de-Bretagne, Bruz et Saint-Jacques qui concentre trois salles de spectacles et d'autres sur l'agglomération ? "Tout à fait. Mais j'espère que dans le futur cela se corrigera."
Pour ce qui est du territoire rennais vous avez le souci d'équilibrer la présence des artistes et des établissements dans les quartiers… "Tout à fait. Ce sont des lieux comme la Maison de la poésie au Canal, le Garage pour la danse à Beauregard… Nous faisons confiance à des équipes artistiques. Avec des modes de fonctionnement qui ne sont pas formatés, mais liés à chacun des acteurs."
Il s'agit d'équipes artistiques mais aussi de lieux de diffusion comme la salle de musiques actuelles au Blosne, le FRAC (Fond régional d'art contemporain) qui va s'installer à Beauregard ? "Oui il s'agit toujours de chercher l'équilibre dans les champs artistiques, entre le centre et les quartiers, l'articulation entre création et diffusion, entre institutions et lieux plus atypiques. Equilibres difficiles mais qui sont nécessaires aujourd'hui."
L'ensemble des projets et chantiers actuellement lancés va changer la physionomie de la ville ? "Effectivement. Tentons une énumération : la salle Guy Ropartz qui sera une nouvelle salle sur Maurepas quand le TNB sera parti, la restructuration du TNB, le MusikHALL pour une offre musicale autre avec sa jauge de 9000 places, la restructuration du Liberté, la salle musiques actuelles, la Maison de la poésie qui a ouvert, l'Endroit qui est une librairie d'art un peu atypique à soutenir, l'extension de la MJC Bréquigny, La Paillette, deux nouvelles bibliothèques de quartier, le Garage pour la danse, le complexe cinématographique en centre ville, l'espace d'exposition des serres du Thabor (on prolonge l'orangerie) qui va être un magnifique espace d'exposition libre d'accès, dans un parc très fréquentè…"
Quel est le projet autour de ce nouvel espace ? "Nous sommes en train de travailler dessus. En y maintenant les pratiques amateurs, mais en l'ouvrant au-delà. En même temps, se dessine dans l'ancienne brasserie Kronenbourg un nouveau lieu d'exposition de 500 à 600 m2, dans la salle d'embouteillages. Tout cela doit trouver sa place. Sans oublier les Champs Libres, qui ne sont pas de ma compétence, mais qui ouvrent en centre ville au début 2006. Au-delà des lieux il y a surtout des projets, des équipes, des domaines artistiques et je pense qu'effectivement dans deux ou trois ans, la ville aura un autre visage."
Concernant le cinéma, quel sera le devenir des Gaumont quai Duguay Trouin ? "Je lancerai dans très peu de temps la réflexion sur l'évolution du paysage cinématographique dans cette ville. En y intégrant la construction du multisalle, le devenir du Cinéville Colombier, la place du cinéma Arts et essai… Ce qui est en jeu c'est la qualité de la programmation. Là aussi diversité, on doit offrir à la population de cette ville la palette la plus large possible. Il y aura une nouvelle salle au TNB. On verra comment marchera la Parcheminerie (qui accueille le ciné TNB à partir de mai) pendant cette période transitoire."
Que deviendra le Théâtre de la Parcheminerie après cette parenthèse cinéma ? "Pour l'instant on ouvre une parenthèse, durera-t-elle? Je ne sais pas. J'ai toujours dit que je ne trouvais pas bien qu'un petit théâtre comme celui-ci, lié à l'histoire de cette ville, à celle de la Comédie de l'Ouest, bien situé, avec un bon rapport scène-salle, puisse rester fermé. Tout reste donc possible pour les années à venir."
Pour terminer une question qui me semble centrale, celle de la démocratisation. Force est de constater, d'après les chiffres, les enquêtes, que l'objectif de démocratisation culturelle a partiellement échoué : si l'offre artistique a augmenté, si la fréquentation a augmenté, il n'y a pas eu diversification de cette fréquentation. Ce sont les mêmes catégories sociales qui vont voir plus de danse, plus de théâtre, plus d'expos. Comment prenez-vous en compte ce constat ? "C'est d'abord pour moi un enjeu central. Une politique culturelle, et c'est l'ensemble de ce que je viens de présenter, doit se fixer cet objectif. Mais ce ne peut être suffisant. Il y a une dimension qu'on doit prendre à bras-le-corps, c'est l'école. Ce dont l'Etat s'est d'ailleurs désengagé. Il va donc revenir aux collectivités locales de s'emparer de cet enjeu, de développer ce véritable projet d'éducation artistique à l'école. Il n'y a rien là-dessus dans la réforme Fillon. C'est une véritable carence de l'Etat. Et un chantier pour demain. Aux parents, aux enseignants de s'en emparer également, pour faire en sorte que l'art entre véritablement à l'école. D'autre part, je pense qu'il faut également renouer très fortement le lien entre le secteur culturel et l'éducation populaire. On a perdu cela dans les dernières années."
Propos recueillis par Raymond Paulet.
Mai 2005. |
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